"Ca ne te fait pas bizarre?" me dit-on à propos d'un retour en France.
Quitter le pays du soleil levant, ses parfums, ses couleurs, ses contrastes et ses gens. Depuis cet îlot tranquille de développement civilisé, ce havre sécurisé au comfort addictif, le monde qui s'étend au loin semble bien peu attirant. Trop brut, peu pratique, sale. Différent. Et pourtant, il faut bien y aller. Il faut bien tourner les pages du livre et explorer de nouveaux chapitres. L'Asie est là, tout autour. Et cette fois: Shanghai et alentours.
Adieu Facebook. Adieu Youtube. Adieu Liberté. Bienvenue en Chine.
Dans ses bagages, emmener avec soi un peu d'intelligence et de vigilance. Assez pour protéger ses intérêts et sa santé.
Shanghai n'est pas différente de toutes les autres villes Chinoises. Cela comprend les caractéristiques suivantes, qui s'appliquent bien sur au reste du pays:
-Trottoirs, métro, bus, restaurants et tout autre lieu: bondés, présence de pick-pocket, de vendeurs et de racoleurs tenaces. Armez vous de patience.
-Aucun respect dans les queues d'attente: protégez votre place.
-Institutions publiques ou privées, hotels, taxis, train, etc: fiabilité du staff très variable. Si vous ne défendez pas vos intérêts, personne ne le fera pour vous.
-En ville: klaxons à chaque seconde, pauvreté crue, cris, crachats, bousculades.
-Traverser la rue: le piéton n'est jamais prioritaire. Que le petit bonhomme soit vert ou pas. Jamais. Et, non, ce bus sur votre gauche ne freinera pas.
-Pollution: oubliez que le ciel est bleu et le Soleil lumineux. Oubliez la Lune et les étoiles. Ce brouillard au-dessus de vous ne s'en ira presque jamais. Habituez votre gorge et vos poumons à
l'anthracite et à la fumée de cigarette. Les Chinois fument. Partout.
-Hopitaux, médecins, médocs: une fois sur deux plus mortels que la raison vous amenant les voir.
Cette notice lue, gardez votre courage et sortez de votre hotel. Ouvrez vos oreilles aux décibels ambiants et vos yeux sur les désespérants contrastes de richesse et la stupidité de systèmes régis par l'égoisme.
Mais ne vous plaignez pas. Ne prenez rien pour personnel. Etre Chinois c'est aussi accepter. Tolérer. Ignorer? Ca, ou se créer une petite bulle. Une petite cité interdite personnelle. Restaurant, shopping mall, un Starbucks, quelques amis. Rester dedans, à l'abri de la chaleur, du bruit et de l'air malsain. La joie de vivre s'arrête là où commence la rue, là où la réalité d'un pays cancéreux vous submerge. Dans le brouhaha omniprésent, les conversations tournent autour des mêmes problèmes, récurents, bien connus. Mais que blâmer? Une société? Un gouvernement? Ils sont si bien imbriqués l'un dans l'autre qu'ils en sont inséparables, comme deux corps partageant le même coeur. Mais ampute t-on du coeur?
Qu'il s'agisse d'un employé véreux acceptant un pot-de-vin, un vendeur arnaqueur ou un conducteur de taxi un peu escroc, il est bon de ne jamais oublier que, s'il y a une chance qu'ils agissent à vos dépends uniquement parce qu'ils le peuvent, il est encore plus probable qu'ils procèdent ainsi simplement afin de subsister, d'essayer de joindre les deux bouts.
Un monde dur crée des gens durs et la Chine est très dure. Pays à plusieurs vitesse, toutes les échelles de développement inventées pour classer ce monde s'y retrouvent. Les riches y vivent leurs rêve tandis que la plèbe rêve de survivre. Tout passe par les relations, les réseaux, les effets de levier. Obtenir un bon médecin pourra vous coûter un pot-de-vin à moins que vous en connaissiez un vous devant une faveur ou étant de votre famille. A une autre échelle, invitez un camarade de classe primaire à diner et il vous sera dès lors redevable. Gérer son réseau, garder de bonnes relations avec son entourage. Se rendre indispensable aux autres sans rien leur devoir. Voilà le jeu (ou art) du "Guanxi". Etre bon au Guanxi (prononcé gouannchi en français), est une capacité clé, nécessaire et suffisante pour le succès de n'importe quelle affaire.
Enfin...
Tout n'est pas noir en Chine, de même que rien n'est blanc. Des tons de gris, plutôt. C'est comme partout, il y a du bon même là où les préjugés et la première impression peignent du mal. La plupart des Chinois sont des gens très serviables, aimables et curieux. Tout dépend des circonstances dans lesquelles on les rencontre...
(partie de Mah-jong en plein air)
Le centre de Shanghai est outrageusement moderne et développé, Elle est la plus occidentalisée des villes chinoises, des styles architecturaux variés s'y cotoyent et valent, peut-être, quelques photos.
Les quartiers historiques et coloniaux, anciens refuges de la "différence", manquent de mise en valeur, de contexte. Ainsi s'échappe la possibilité de donner à la visite un nouveau sens et à la pensée du touriste un peu de profondeur. On est bien en Chine... Je ne trouvai à cette mégalopole aucun coeur. Aucune âme.Un peu à la manière de cette mascarade d'exposition universelle, où l'on patiente cinq heures avant de profiter de l'unique chose que tous ces pavillons ont à offrir: un peu d'air climatisé. Shanghai m'a laissé une sensation de vide.
Il faut aller à l'Ouest de la cité, à une heure de train, retrouver la petite ville de Suzhou pour pouvoir enfin se plonger dans l'histoire du plus vieux pays du monde.
Suzhou fut autrefois la capitale du commerce de la soie. Malgré une modernisation galopante, un soin particulier a été porté à la préservation et à la restoration des sites historiques. Jardins
anciens, musées, temples et promenades au bords de canaux façonnés par l'homme comptent parmis les atouts touristiques de Suzhou. La ville est également, de part sa taille plus réduite, plus
vivable, moins étouffante et moins fatiguante.
Une semaine dans cette Venise d'Orient. Une très bonne expérience. La Chine telle qu'on aimerait qu'elle soit. Humaine et loquace quant à son si riche passé.
Toutes les photos dans la gallerie Shanghai-Suzhou!


